L'art

Deco 

Ou La Richesse Joaillère

De L’entre-Deux-Guerres  (1915-1935)

Le raffinement de la ligne droite

Si Cartier a abordé le « modernisme » dès l’avant-guerre, le conflit 14-18 et ses répercussions viennent confirmer ce courant où formes simplifiées et géométrisées voient l’éclosion d’une production joaillière privilégiant la ligne droite.

Qu’il s’agisse de sautoirs, de bracelets ou de bandeaux de tête venus remplacer les anciens diadèmes, les bijoux des années 1910 sont en effet fortement influencés par une mode féminine privilégiant les étoffes légères et fluides et les longues lignes symétriques. Aux côtés des longs colliers remplaçant des ornements de corsage désormais trop lourds, les bijoux de tête, parfois couronnés d’une aigrette, viennent souligner les cheveux portés courts.

Sublimant la finesse des sautoirs qu’ils accompagnent, ces fins bandeaux viennent ainsi compléter l’allure androgyne typique des femmes de l’entre-guerre. Leurs bras nus sont soulignés de bracelets de diamants baguette, souvent quatre ou cinq portés à la fois.

L’audace ira jusqu’à toucher les montres bracelets récemment apparues qui s’enrichissent de pierres en cabochon ainsi que les divers accessoires tels les poudriers compacts et étuis à cigarettes incrustés d’émaux aux dessins exotiques.

C’est à cette époque que le « serti mystérieux » de Van Cleef & Arpels, permettant un pavage bord à bord sans griffe, vient perfectionner le mouvement géométrique typique de l’Art
Déco.

Le style Art Déco des années 1930

Ces combinaisons symétriques de lignes horizontales et verticales se verront bientôt accentuées par la prééminence de l’usage du noir en joaillerie, qu’autorise l’emploi d’émail
noir et d’onyx. On assistera notamment à la renaissance des bijoux de deuil d’inspiration victorienne, en vogue après le naufrage du Titanic dans la haute société new-yorkaise. Cette tendance précoce est le prélude d’une bichromie en noir et blanc. Ce contraste deviendra l’une des principales tendances du bijou Art Déco, du nom de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels de 1925, où l’originalité moderniste des pièces de la Maison Cartier sera plébiscitée au « Pavillon de l’Élégance ». Cette bichromie s’enrichira d’autres couleurs à la faveur de l’influence des ballets russes de 1909. Ceux-ci apporteront des timbres de couleurs plus flamboyants, comme l’association du bleu et du vert au travers du saphir et de l’émeraude, mais aussi de matières moins précieuses comme la turquoise, le jade ou lelapis-lazuli.

Ces préludes exotiques seront confirmés par l’invitation aux voyages à laquelle lamodernisation des moyens de transport et de communication de l’Europe, avec ses colonies, permet désormais de succomber.

Joailliers et autres couturiers puisent ainsi leur inspiration dans les cultures de l’Inde, de la Perse ou de l’Extrême-Orient. Leur richesse ornementale et décorative influencera durablement les formes et les couleurs des bijoux et ornements d’objets si riches des années 1920 et 1930.

Joaillerie blanche et pierres semi-précieuses

Les années 1930 seront principalement centrées sur le diamant et les perles avec
la joaillerie dite « blanche ». L’élégance sera symbolisée par les pierres en taille baguette permettant un rendu des lignes et arêtes vives, seyant à la perfection à la mode géométrique
de l’époque. Toutefois la période d’avant-guerre voit également l’apparition de nouvelles pierres « fines » ornant les bijoux, y compris de haute joaillerie, comme l’aigue-marine, la citrine ou encore le péridot, en marge de la traditionnelle émeraude. L’entre-deux-guerres sera aussi le
prélude du bijou fantaisie avec l’apparition de la joaillerie dite « cocktail », dont les accessoires de toilette prisés par Coco Chanel sont la principale illustration.